Les musiques actuelles au Conservatoire
Mais pourquoi faire entrer au Conservatoire les musiques actuelles traditionnellement "mises en opposition" à la musique dite classique ? Jean-Louis Beydon, directeur du Conservatoire de Vanves nous répond...
Jean-Louis Beydon
- Arc de Seine : pourquoi le conservatoire de Vanves accorde-t-il tant d’importance à l’enseignement des musiques actuelles ?
- Jean-Louis Beydon : notre crédo, en matière d’enseignement musical, se résume très simplement. Il faut dé-cloi-so-nner ! Arrêtons d’ériger des barrières entre les genres. Un musicien est, par définition, un artiste : quelqu’un d’ouvert, sensible aux autres, polyvalent, apte à improviser. Bach, Mozart, Chopin et tant d’autres ne nous l’ont-ils pas enseigné au fil des siècles ? Par le passé, trop de conservatoires ont, paradoxalement, contrarié les capacités de création que chaque enfant porte, plus ou moins, en lui. Un certain élitisme, principalement autour du Classique et du Jazz qui leur sont souvent étrangers, avait pour effet de détourner de trop nombreux jeunes de l’apprentissage musical. Je crois, au contraire, qu’il nous appartient d’ouvrir les portes des conservatoires. Une fois les bases acquises – solfège et culture générale – les élèves doivent, très vite, toucher des instruments et pratiquer, y compris sur les musiques qui leur sont familières et qui accompagnent leur quotidien. D’où ces ateliers musiques actuelles que nous proposons, à Vanves, depuis déjà 15 ans.
- A.D.S. : ce mélange des genres ne pose-il pas de problèmes, en termes de cohabitation notamment ?
- J-L.B : au contraire ! Il permet d’édifier des passerelles entre les élèves même si, je vous le concède, l’atelier musiques actuelles se révèle, sans surprise, le plus « bruyant » de tous. Il convenait donc de s’organiser en conséquence. Nous comptons, en effet, 23 formations d’orchestres à Vanves. Celles-ci sont symphoniques, classiques, jazz, composées d’adultes, d’ados…Pour l’atelier musiques actuelles, nous disposons désormais d’une salle spécifique, parfaitement équipée, louée en dehors de nos locaux et financée par Arc de Seine (voir article principal). Nous montons également des modules thématiques de perfectionnement technique, articulés autour de connaissances qu’un musicien se doit, autant que possible, de maîtriser (sono, micro, guitares, pédales, nouvelles technologies…). Cela dit, je le répète, nous ne fixons pas de limite à la passion. Si un élève souhaite participer à dix ateliers, chez nous, il doit pouvoir le faire.
- A.D.S. : avez-vous des projets en commun avec vos collègues d’autres conservatoires en Arc de Seine ?
- J-L.B : absolument, et j’en suis très heureux. Je souhaite que l’on s’ouvre toujours davantage les uns aux autres. Parmi les projets les plus avancés, j’en citerai deux, menés, conjointement, avec Ville d’Avray : l’un autour de l’œuvre des Beatles, l’autre consacré à Boris Vian qui, il faut le rappeler, était originaire de cette commune. Dans le premier cas, nous songeons à reprendre un certain nombre de chansons en y adjoignant des arrangements originaux, réalisés par les élèves de nos ateliers « mixtes ». Pour Boris Vian, à l’occasion du 50ème anniversaire de sa disparition, il s’agira surtout de mieux faire connaître ses textes, à la fois sublimes et dérangeants.